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 Les auteurs dramatiques


Eugène Ionesco est l'un des auteurs les plus loués et les plus âprement discutés. Il s'est malgré tout imposé en France et a réuni en un volume : " notes et contrenotes ", l'ensemble de ses articles. C'est dans cet ouvrage que se trouve le résumé des reproches qu'il adresse aux auteurs dramatiques et au théâtre lui-même : " Qu'y a-t-il donc à reprocher aux auteurs dramatiques, aux pièces de théâtre ? Leurs ficelles, leurs procédés trop évidents. Le théâtre peut paraître un genre mineur. Les effets ne peuvent être que gros, les nuances des textes littéraires s'éclipsent. Un théâtre de subtilités littéraires s'épuise vite. Les démonstrations, les pièces à thèse sont grossières. Il ne peut être que vulgarisateur, il rabaisse, il devient naïf. Tout théâtre d'idéologie risque de n'être que théâtre de patronage. "
Comment expliquer ce jugement ? A travers la dramaturgie personnelle de Ionesco ? Les deux  sont  liés : le théâtre de Ionesco apporte une solution, il amplifie jusqu'à la caricature.
L'oeuvre théâtrale est comme la "bouteille mise à la mer ", celui qui l'a jetée ne peut plus rien pour elle; elle appartient désormais au public. La grande règle semble toujours la même, c'est-à-dire comme le proposait Racine : " de plaire et de toucher " !
C'est pourquoi, après le succès au siècle dernier du théâtre populaire, on pourra reprendre à la base les difficultés du théâtre : problèmes d'auteur, de scène, de spectateur.

Problème d'auteur :
Dans son jugement, Ionesco reproche aux auteurs et aux pièces de théâtre trois éléments : les " ficelles ", la naïveté et le fait qu'elles se rabaissent au niveau du spectateur passif.
Dans une pièce de théâtre les " effets sont gros", on ne peut le nier. Pensons à la limitation dans le temps et dans l'espace et ses conséquences. Il faut noter dans la tragédie classique, le caractère exceptionnel des personnages et des événements : l'héroïsme qui fait l'intérêt de la tragédie de Corneille, est rendu par la simplification excessive, par la lutte de la volonté contre des sentiments même légitimes. cette lutte constante a pour principal but de nous faire admirer les héros. Il faut donc que l'auteur choisisse des faits exceptionnels au milieu desquels le spectateur les voit évoluer. Et, rien n'est moins exceptionnel que l'aventure de Cinna conspirateur le matin et ministre le soir du prince qu'il voulait assassiner. La tragédie au XVII ième est d'autre part soumise aux exigences du genre. Elle possède une langue qui lui est propre et dont les principales caractéristiques sont la noblesse et même l'emphase. Cinna utilise maints procédés oratoires pour exalter les sentiments des conjurés :
" Vous dirai-je les noms de ces grands personnages
Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir les courages
De ces fameux proscrits... "
Enfin, la règle des unités, les récits, l'interdiction des actions violentes sur scène, on pourrait ajouter le rôle des confidents, donnent au spectateur d'un spectacle trop conventionnel.
Dans le drame les procédés sont aussi évidents. L'Otage de Claudel met en scène un mariage odieux sur le plan psychologique. L'aauteur recherche la vulgarité dans la peinture de tout le contexte matériel où l'héroïne s'enfoncera avec répugnance? Turelure, est un grand homme laid et cynique : " mon corps est rompu, mon âme est dans les ténèbres et je tourne vers vous mon visage plein de crimes. " Par opposition la vie des nobles a parfois été embellie par le poète. Mais Claudel ne s'arrête pas à la poésie du réel. Il veut une saisie totale de l'univers et il y parvient en réunissant sous un regard unique, tous les êtres et les objets les plus éloignés dans le temps et dans l'espace : " le miel, les fleurs, le vin, l'Arbre dormant... " et, c'est à " l'eau ", image de l'infini qu'il confie la mission de réunir et de guider les éléments. Dès le premier acte Georges avoue : " je n'ai plus que la mer sous les pieds, la mer de l'eau marine et celle qui est faite d'hommes. Tout a passé. " Parfois enfin, une énorme plaisanterie dissipe la tension exceptionnelle du drame : c'est le rôle de Turelure rappelant " le maigre claustral... le lièvre accroché tout chaud sous le scapulaire..." sont donc des ficelles. Vraiment ???
Ce sont les mêmes plaisanteries qu'on retrouve dans la comédie jointes au grossissement farcesque.
Problème de scène
Problème de spectateur

Date de création : 07/11/2009 - 20:26
Dernière modification : 20/11/2009 - 20:36
Catégorie : Oeuvres commentées
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