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| Ma vie - Mon passé
Ma vie : mon passéChaque instant est déjà un passé....Toute émotion selon Proust peut être accompagnée par la vision d’une beauté exceptionnelle : un paysage, une circonstance de la vie, une personne. Le temps d’un éclair, nous voyons un chien, une maison, un arbre, sous un jour nouveau, tout ce qu’ils ont de spécial nous surprend ou réveille des souvenirs. Immédiatement après, l’habitude frotte cette image puissante. Nous caressons le chien, nous habitons la maison, nous cueillons les fruits de l’arbre. Nous ne les voyons plus avec le même regard. Le temps qui passe aussi transforme nos émotions, nos regrets, nos désirs. - Tu mesures I.60 mais t'es une rase motte lol, je te voyais en 1.70, non je plaisante, j'ai dû perdre aussi de la hauteur, que veux-tu, on ne peut pas être et avoir été, mdr. - Oui, sauf que je n'ai pas perdu de la taille, ou très peu (peut-être un cm lors de mon accident de voiture !). j'ai toujours fait dans les 1 m 60. Je suis née en 19... en Novembre, en fin d'année donc et pour cette raison, je déteste qu'on me vieillisse d'un an, comme si j'étais née en Janvier de la même année.
Lors d'un voyage avec mon équipe de guides.
J'avais créé dans mon quartier, à Marseille, cette équipe de guides. J'y ai consacré tellement d'heures que c'est une des raisons qui ont fait que j'ai échoué au bac la première fois...En fait, je ne regrette rien. Mais au début j'ai eu peur, peur de ne pas réaliser mon projet de devenir prof, peur des " on dit ". Le curé revêtu de son surplis distribuait les semonces à l'Église. Ma révolte est née du fait qu’il n’acceptait pas qu’une femme lise les évangiles. J'ai beaucoup souffert au cours de mes études parce que je n'étais pas une élève brillante, bosseuse, ou attentive, je suis devenue une très bonne élève plus tard, lorsque j'ai découvert mes préférences et les disciplines dans lesquelles je me sentais plus à l'aise, et surtout lorsque j'ai pu affirmer mon caractère; mes parents n’avaient pas une culture très diversifiée et ils manifestaient peu de volonté pour m'aider. Cependant j'étais assez ambitieuse par rapport à mes capacités, lesquelles, comme je viens de le dire, se sont d'ailleurs révélées plus tard. Un jour une personne m'a dit : " tu as eu de la chance de réussir ton bac, plus que des moyens "... Désolée, je pense que c'est l'année de mes échecs que je n'ai pas eu de chance et je reconnais que ma timidité m'empêche souvent de réagir avec de l'acuité, sur le vif de la remarque. C'est lorsque je suis seule que je trouve les arguments ou lorsque j'écris... J’avais un père blasé et insociable et une mère pieuse, discrète, timide et résignée qui soupirait parfois. Mais ma plus tendre enfance, de deux ans à 10 ans, je l'ai passée chez une tante. Je me souviens du jour de la mort de cet oncle, celui qui a élevé mon père. Je devais avoir 13 ou 14 ans. J'avais veillé avec mon père et je devais passer quelques jours chez la tante qui avait peur de rester seule. Un aviateur de la famille que je ne connaissais pas était venu veiller aussi et il m'avait parlé pendant presque toute la nuit, de lui, de sa vie, de ses aventures. J'ai gardé une sorte de malaise de cette veillée, de l'attitude des gens qui venaient bavarder si près du mort, et du frère de mon père qui a fait sa " crise de jalousie ". Il a volé l'argent liquide de ma tante lorsqu'il a découvert que l'héritier était mon père. Il a refusé le petit patrimoine de Saurat et a pris les millions de centimes qu'elle cachait pour sa vieillesse. Mon père était comme leur enfant, ils l'avaient élevé, c'est pour cela qu'ils en faisaient leur héritier. Le sort avait été moins généreux bien sûr, pour le frère qui sortait d'un orphelinat. Celui-ci, jaloux, et devenu vraiment voyou à l'âge adulte, après le désarroi de son enfance, avait préparé le terrain pour son larcin chez la tante. Il croyait que parce que sa femme venait faire le ménage chez cette tante, depuis deux ans, en étant payée, cela remplacerait l'éducation donnée à son frère pendant 12 ans. Horreur des enterrements dans certaines familles !!! Ah ! les héritages !!! Ils révèlent les véritables pensées et les véritables sentiments de chacun !!! Ma mère et sa sœur se sont longtemps fâchées, à cause de mon père et de son fichu caractère, mais aussi pour une raison d'héritage. Ma grand-mère maternelle laissait le meilleur de son héritage à sa fille aînée qui avait moins de revenus et qui avait vécu avec elle jusqu'à sa mort. Ma mère, sa seconde fille, prétendait, aidée par l'opinion de mon père !!! que si elle avait moins de revenus, c'est parce qu'elle n'avait pas travaillé longtemps dans sa vie. Ce qui est peut-être vrai aussi. Allez démêler les sentiments, les raisonnements !!! Elles se sont réconciliées vers 80 ans après la mort de leur conjoint. Mon père pourtant a peut-être contribué à élever mes rêves... en me faisant partager les siens à mon égard, et surtout en aiguisant ma révolte, par son attitude. Ses ambitions en ce qui me concernait étaient de sa part uniquement de l’orgueil et non une attention particulière. Il lui arrivait de me répéter : « tu dois y arriver »; mais, c'est surtout la ténacité, la comparaison avec d'autres aussi qui ont aiguillonné ma volonté. Ma confiance aveugle dans la possibilité de construire ma destinée m'a aidé à triompher de difficultés quasiment insurmontables pour moi, dans l'enfance, et plus tard lors de mon échec au bac. J’admire encore les réactions fraîches et naïves de l’enfance, et ceux qui les ont conservées sont extraordinaires. Mais. les vrais souvenirs d’enfance laissent parfois des marques indélébiles. Si j'ai eu du mal à pardonner à mes parents de m’avoir laissée chez ma tante de l’âge de deux ans, à l’âge de 10 ans, je comprends cependant, que puisqu’ils travaillaient ils aient eu besoin de me faire garder; mais je n’ai jamais compris qu’ils n’aient pas franchi les 200 m qui nous séparaient, chaque soir, pour me reprendre à la maison. Je ne les voyais que le week end et encore, lorsque je n’étais pas malade !!! Ma tante contrôlait moins mon travail scolaire que celui de ses filles. C'est l'impression que j'ai toujours eue; et je pensais qu’elle éprouvait presque du plaisir lorsque j’avais des difficultés alors que ses filles étaient félicitées. Je n’ai commencé à bien travailler qu'après l'adolescence et bien après que j’ai supplié mes parents de me reprendre à la maison. Y a-t-il un rapport ? Je ne sais pas. Trop de choses certainement me perturbaient dans l'enfance. Et j'avais besoin de maturité pour les assimiler et me pencher sur les études.
Mais qui pourrait oublier, malgré tout, l'odeur du pain chaud dans la maison de son enfance, la plaisir de croquer un quignon au retour des courses ? Autres souvenirs divers
A l'opéra ce soir-là, j'étais avec des étudiants et nous assistions à la représentation de Tristan et Iseult de Wagner. Cela faisait partie de notre module de littérature comparée. Un camarade nous avait distribué des bonbons et le bruit des papiers qui les enveloppaient avait fait retourner une dame, déjà d'un certain âge, qui nous lança un regard furieux. Amie des arts, elle devait apprécier plus que notre groupe d’ados, la belle musique. Les bandes dessinées... ( cela me ramène à mon adolescence et à mon enfance )... que j'ai un peu connues ( je lisais surtout des romans...), mais j'avais des notions par les copines sur Spirou , Tintin; j'ai tout de même adoré : " Robin des bois ", et " Lisette "... J'attendais chaque semaine avec impatience la nouvelle série.
Ai-je aimé avant de connaître mon mari ? Mon cœur a battu pour d'autres, cela c'est certain. Mais je ne regrette pas à 63 ans mon choix de vie. Finalement qu'est-ce que l'amour si ce n'est une attente remplie d'imagination de vide à combler ??? Je n'ai pas éprouvé souvent d'émotion...Les deux premiers remontent à mon adolescence et je ne les ai pas oubliés, mais ils n'ont jamais su que je les aimais. Le troisième est mon mari. Je l'ai aimé d'abord comme un héros... Maintenant je l'aime en connaissant ses défauts, de façon plus rationnelle, plus complice... Il a aussi beaucoup de qualités. Depuis un ou deux hommes ont attiré mes confidences, je leur ai donné mon amitié sans aller au-delà. Ils ont attiré mon affection parce qu'ils savaient aussi écouter ou donnaient l'impression d'écouter ???
La connaissance de mon mari
Souvenirs du Maroc dans les années 70
Nous avons donc vécu plusieurs années au Maroc, mon mari et moi. Mon mari y était allé pour son service militaire. Il devait deux ans d'enseignement. Finalement il y est resté 12 ans. Je l'ai rejoint et j'y ai vécu 8 ans. L'été lorsqu'il commençait à faire chaud nous allions en France. La chaleur y devenait étouffante pour nous. A 30° les français se plaignent!!! Chez eux, l'été, il peut y avoir 45° voire 50° dans le désert; heureusement c'est une chaleur sèche. Pour avoir beaucoup voyagé dans le monde, je sais faire la différence entre une chaleur sèche et la moiteur étouffante!!!
Le thé à la menthe, très sucré, délicieux, qu'on vous offre si facilement, même dans les souks. Le pain...
Les billets de dirhams avec la tête de Hassan 2 et la main de fatma, la main protectrice en bijou...
Les épices et les fruits secs du souk... Le panneau stop sur les routes et le drapeau du Maroc
La belle porte Bab Mansour de la médina de Meknès et des sigles divers
Si chaque façon d’aborder une œuvre est un choix et si l’œuvre d’art révèle toute sa richesse à celui qui est attentif, alors, la maternité, l’éducation, me paraissent comme des œuvres d’art.
Mes filles sont nées à Béziers parce que nous avions à l'époque des appartements au Cap. Nous les avons vendus pour faire construire la maison et le dernier, pour acheter à Paris, pour les études de notre aînée et ensuite de la seconde. Lorsque nous travaillions au Maroc, comme j'avais eu un gros problème pour le premier enfant : avortement spontané, curetage et problème de rhésus négatif... Il m'avait fallu faire venir les anticorps par la valise diplomatique et ils étaient arrivés en retard!!! Autrefois, quand les enfants étaient petits, nous allions au Cap d'Agde. C'était notre résidence secondaire, alors que nous étions enseignants au Maroc. Mes deux filles sont donc nées à Béziers. C'est au Cap aussi que les enfants ont appris à faire de la planche à voile. Mon fils a gardé un souvenir touchant des différentes régions de son enfance. Pendant sa longue maladie, il a souhaité revenir aux sources de son enfance et a refait le parcours sportif, le tour des plages du Cap d'Agde. ![]() - Hier on est allé au Cap, le temps était superbe et la visibilité parfaite, on voyait clairement la côte espagnole et les Pyrénées depuis la Grande Conque. Les enfants étudient dehors au soleil, mon mari se prépare encore pour enregistrer le film : l'orange de Noël auquel il a un tout petit peu participé. Il a donné des conseils pour les lieux de la région où aurait pu se dérouler le film. Certains de ses élèves ont été sélectionnés comme figurants, ainsi que des habitants du bourg.
J’avais trop tardé pour me refaire le shampooing colorant, quelques racines blanches de mes cheveux ressortaient. Autrefois cela m’aurait gênée, plus maintenant. Je suis allée en promenade avec M, je lui ai montré les cabanes de bergers que nous avions récemment découvertes. Cette amie qui marchait tous les mercredis avec moi, malheureusement est morte. Elle est morte brutalement d’une crise cardiaque, et elle me manque. Souvent je pense à elle et je me dis que plus jamais je n’aurai dans notre bourg une amie comme elle : gentille, compréhensive et peu exigeante.
Mon fils est encore un jeune garçon que la nature a pourvu d' un tempérament timide et doux dans le monde, et d'un caractère pourtant bien affirmé en famille. Sa physionomie paisible contraste avec une musculature impressionnante pour son jeune âge. Il a le jugement assez droit, avec l'esprit le plus acéré.
L'angoisse pour la santé, dès 42 ans.
J'ai eu un cancer des ovaires à 42 ans. Je me revois à l’hôpital… Je me rappelle la visite de la psychologue !!! Elle ne m'a pas réconciliée avec les personnes de ce métier. J'ai accepté sa visite car je n'aime pas heurter les gens de front, je suis toujours réservée. Déjà sa venue n'est pas rassurante... Je ne demandais rien et je me sentais bien dans ma tête, prête à lutter jusqu'au bout pour les miens. Je regardais la télévision pour meubler le temps et je lui ai parlé sans réfléchir des otages dont il était question !!! Elle m'a demandé si je me sentais prisonnière de la maladie comme une otage...Alors que c'est le hasard de l'émission qui m'avait donné cette idée...
Un autre soir, n'attendant plus de visites, je me déshabillai, suspendis mes vêtements dans la petite penderie et enfilai mon pyjama et ma robe de chambre. Je m'assoupis un peu : - Madame, C’était le curé de l’hôpital qui avançait timidement vers moi. Je n'étais pas certaine que sa visite me fît plaisir, mais ce curé avait l'air si sincère que malgré la déception que m’avait causé la psychologue, ( je me souviens de sa venue comme d’une blessure… !!!) j’acceptai qu’il entrât dans la chambre d’hôpital. Il venait pour m’offrir une revue, pour que je ne m’ennuie pas trop dans ma chambre d’hôpital. Vu après coup, 20 ans après, je souris. C'était tout de même deux oiseaux de mauvais augure...
L'angoisse pour les enfants, c'est à tout moment que je l'ai ressentie et transférée sur leurs études. Des années d'angoisse depuis leur maternelle, au cours de laquelle j'ai voulu moi-même leur apprendre à lire... à, disons aujourd'hui !!! J'aimerais tellement qu'ils gagnent bien leur vie et soient heureux. Pour en revenir à la maternelle... j’avais en effet, à l'époque, en plus de ma licence, de ma maîtrise et d'un diplôme supérieur sur l'art, le CAP des instituteurs, et j’avais par ailleurs enseigné dans une école pour la formation des enseignants au Maroc. Je souhaitais à la fois profiter de mes compétences et donner à mes propres enfants, une chance de plus, en cas de difficultés. Je n’avais pas, en outre, vraiment confiance dans l’enseignement collectif et dans l’indifférence des instituteurs. Le fait est que mes enfants ont tous su lire avant le CP et avec une aisance exceptionnelle. Un des maîtres de mon fils, lors d'un changement d'école, croyant que l'apprentissage était dû à l'instituteur précédent, m'avoua :" J'ai honte de mes élèves lorsque j'entends lire votre fils. " Il ne me l'aurait jamais dit s'il avait pensé que j'y étais pour quelque chose. Les maîtres n'aiment pas qu'on interfère dans leur enseignement. Nouvelle année d'angoisse : notre fils passe le bac ( 97 ) et ne rêve que de sport, il a l'impression de gâcher sa vie, notre seconde fille a échoué en licence et refuse de changer de fac malgré le pourcentage dérisoire des scores de réussite à Jussieu et la difficulté, doublement accrue, par l'obligation d'obtenir la moyenne à chaque module et par le fait qu'elle n'avait pas suivi le DEUG de la même discipline. L'économie et la gestion étaient nécessaires à son futur métier, mais elle avait étudié en maths et statistiques jusque-là. Ses quelques difficultés relatives et son échec en licence l'ont pour un laps de temps, de nouveau, démotivée... Le bac a toujours été une rude épreuve, pour eux, comme pour nous, les parents. J'ai même été inquiète pour l'aînée qui s'est pourtant bien débrouillée, mais comment le savoir à l'avance ? Ma seconde fille aussi a réussi, très bien réussi même. Nous avons cru un moment qu'elle serait bloquée au niveau de cette licence. Inquiète, je l'étais aussi parce qu'à l'âge de notre fils, il me semblait qu'elle ne savait pas travailler seule, qu'elle ne se mettait pas facilement devant ses livres, pas sans sérieuse motivation, qu'elle travaillait plutôt superficiellement... Plus tard, elle a prouvé que ce n’était pas exact. Je les ai tout au long de leur scolarité, soutenus moralement, peut-être trop au dire de mon fils qui aurait souhaité que je l'habitue davantage à se prendre en charge. Mais nous, nous avions peur pour son avenir, en cette nouvelle période de crise. Lorsque mon amie B. m'a annoncé le succès de ses enfants, du point de vue des études, sur le moment, j'ai souffert. Il me semblait que les miens ne réussissaient pas aussi bien. Puis, j'ai pensé à une autre amie A., qui m'avait dit il y a quelques années: " J'ai été jalouse de tes filles " et finalement, les siennes sont toutes deux institutrices et, même si ce n'est pas suffisant pour les rendre heureuses, du moins, elles ont un métier stable. Mes deux filles aussi ont un métier après tout, aujourd'hui. Et un bon métier stable, même si elles ne gagnent pas autant d'argent que les enfants de B. L'essentiel, c'est la recherche de la paix, de l'épanouissement et de la stabilité. L'angoisse pour la santé, encore !!! Tout ceci me paraît loin aujourd’hui, pourquoi tant s’inquiéter? C’est s’user la santé et souvent sans raison. L'aînée aujourd'hui est agrégée et travaille au CNRS... puis à l’IUT. La seconde est certifiée et commence son dur métier de professeur à Paris. Pourquoi ne pas faire confiance à notre fils? Pourquoi ne réussirait-il pas à son tour? L’angoisse était plus forte que moi. Comment aurais-je pu deviner qu’à 20 ans et pour l’an 2000, il aurait un cancer et que tout à coup sa vie basculerait en 24 h.
Aujourd’hui Dimanche 20 Février, c’est l’horreur: Je viens en effet d’apprendre, il y a 2 jours seulement, que G. a un cancer. C’est drôle comme le cheminement des réalités douloureuses de la vie est lent. C’est seulement maintenant que je commence à réaliser le drame de sa vie. Sa solitude face à l’épreuve. Hier je n’évoquais que les souvenirs heureux… Aujourd’hui mon fils aussi a son bac scientifique et plusieurs modules du DEUG, mais il a un cancer... Mais non, il ne faut jamais désespérer... Pourquoi ne guérirait-il pas? Tout va s’arranger et il affrontera la vie avec une plus grande maturité. Comment peut-on appeler l’année des 20 ans, l'âge le plus beau de la vie, alors que le cœur et l'esprit sont encore si vulnérables, et que l’avenir n’est qu’angoisse ! De plus pour notre fils, cela a été l’année de sa détresse. Une détresse qui l'a marqué pour des années.
La conception de la médecine de nos jours ne tient pas compte de l’avis du malade. Le malade sera obligé d’avancer dans le sens imposé par le protocole, comme le héros des tragédies antiques avançait dans le sens de sa destinée. Cependant le héros assumait le destin imposé par les dieux alors que le malade subit souvent, en aveugle, le protocole imposé par les médecins. Le patient se heurte au côté inflexible du médecin qui souvent pense à sa carrière, à ses rapports avec les collègues, bref au protocole. Il en devient dans ces moments-là inhumain.. Pour nous sauver les médecins ont été bien au-delà du protocole indispensable !!! Il nous en a fallu de la résistance !!! Mais il faut reconnaître qu'ils nous ont sauvés... De mon temps, J’avais dû cumuler opération, chimiothérapie, rayons, opération de contrôle ( second look ) longtemps après avoir appris que le CA 125 était redevenu normal…De même j’ai vu G. , un jeune homme en pleine santé, sportif, heureux, maigrir de10kgs en 10 jours et s’évanouir sous le matraquage des médicaments de la chimiothérapie. A Montpellier parait-il, ils auraient arrêté le traitement dès que le CA serait redevenu normal... Qui a raison ??? Ce traitement l'a anéanti moralement et physiquement. La première semaine notre fils gardait l’espoir et le sourire, il se promenait en ville avec ses perfusions et son sourire et je le suivais... la seconde, il a voulu aller au Cap d’Agde, seul avec moi pour oublier. Nous avons dormi dans la voiture, nous avons parcouru tous les lieux qu’il avait aimés enfant. Le parcourt sportif , la crique où il avait appris à faire de la planche à voile… Dans ses rapports avec le destin, le héros tragique est caractérisé par la révolte. Celle des malades risque de devenir déprime. Leur souffrance s’exprime non pas par des gémissements, mais par une mise en accusation de certaines personnes en rapport avec leur monde et au fur et à mesure de leur prise de conscience de l’horreur. Ils deviennent plus humains dans leur certitude plus ou moins désespérée, mais aussi plus violents, plus critiques. Le procès du monde de la part du malade, devient le procès de son entourage et du monde médical et pas nécessairement à tort. Que voulez-vous que cela lui fasse la politique des médecins, leurs histoires de coups de fil entre eux et en secret pour ne pas dire leurs magouilles, leur logique médicale ? C'est l'impression qu'ils donnent lorsqu'ils nous tiennent à l'écart de leurs décisions. Ce que souhaite le malade, c'est la confiance. Tout ceci n’empêche pas que le malade reste tour à tour humain, tendre, compréhensif et révolté. Il pleure sans honte le regret de ne pas avoir encore connu certaines joies... C’est un mélange de simplicité et de solitude qui lui confère une certaine grandeur morale, face dirait Camus à l’absurdité du monde, face j'ajouterais à la stupidité de certaines personnes : le prof indifférent et butté qui envisage une sanction, l'infirmière qui lui a annoncé qu'il lui faudrait envisager un autre avenir, la psychologue qui avait prédit des problèmes avec les filles !!! Tout s'est révélé angoissant et souvent faux. Heureusement notre fils a eu son héros. Le Lance Amstrong tant critiqué. Le tragique naît du fait que parallèlement à un sentiment de révolte, il éprouve un amour certain du monde dans lequel il vit. De plus il ressent une exigence intérieure. Notre fils est entré brutalement dans l’âge adulte avec la volonté de conserver intactes en lui l’idéal et la liberté de l’enfance. Il a souvent refusé les conseils clairvoyants, les avertissements des autres comme de sa raison ou de sa santé. Tout devait passer par son jugement ou son expérience. Heureusement, la place est grande pour l’espoir. Tout n’est jamais perdu et il n’aspire qu’à être heureux dans ce monde. Chaque coup du sort vient grandir l’être tragique et alimente sa réflexion. Ses valeurs humaines intérieures triompheront un jour, je le sens. Notre fils éprouve le besoin inconscient de lutter contre l’ennui, l’uniformité ou ce qu’il prend pour un échec peut-être, en se créant un monde dont il est le héros. A tout moment je sens chez lui la dualité des sentiments. Ce besoin de s’attacher à moi au moment de la maladie et de me refuser en même temps, de me rejeter. Je voudrais tellement pouvoir l’aider, pouvoir les aider tous les trois, mais je me sens déjà vieille. Ce n’est pas que je n’aime pas mes filles, je les adore, mais la peur de perdre G., de ne plus le voir un jour, me fait penser sans cesse à lui en ce moment, à ce que nous avons aimé… Notre fils est devenu couvreur. Je suis fière de lui, il a la stabilité, la paix, le plein air qu'il a toujours aimé et recherché, mais c'est un métier dangereux.
C’est sans trop d’espoir que nous rechercherons nos premières impressions sur les lieux que nous avons connus autrefois ou aimés, pensait Proust, mais c’est la même chose pour les sentiments éprouvés ou les instants de bonheur, nous ne les éprouverons jamais plus exactement de la même façon parce que le temps qui modifie l’apparence des paysages et des décors modifie aussi les sentiments que nous éprouvions, parce que l’adulte, le vieillard qui les recherchera ne sera plus le même, l’effet de surprise n’agira plus et l’enthousiasme ou la déception s’émousseront. Les souvenirs sont des images évanescentes comme les années.
La joie, la tristesse, la volonté que nous avons alors éprouvées ont déjà un passé. Hélas, c’est quand ces moments deviennent rares ou lorsqu’ils risquent de ne plus se reproduire, que tout fuit, même notre besoin d'aider... qu’ils commencent à nous manquer. Et c’est aujourd’hui que je réalise toute l’horreur de la maladie de mon fils, que je pense à nos escapades dans les bois... Tous ces moments de bonheur étaient situés à la fois dans l’espace, dans le temps et dans une pensée fugitive. - 33 ans ( now 39 !!!) ensemble ton mari et toi et sans coup de canif dans le contrat, c'est vraiment admirable, hélas, je ne pourrais en dire autant mais je ne regrette rien.
Confiance simple et spontanée qui faisait partie de moi où es-tu passée ?... Chaque drame de la souffrance et de l’angoisse nous transforme un peu. Mais dans la souffrance rayonne parfois encore le sourire d’I, la spontanéité de C, le calme placide, affectueux et moqueur de G. Grâce sans doute à l’amour de la nature, des petits enfants, à notre besoin de sincérité : symboles d’une société qui s’écroule, nous arriverons toujours à nous retrouver. Notre petite famille a connu la période mystérieuse entre deux siècles celle qui nous situe comme au confluent de deux fleuves. Que m’apportera la rive inconnue ? Et surtout qu’apportera-t-elle à nos enfants?
Date de création : 29/12/2007 - 20:58
| Phrase du mois Nous devons préserver notre fragilité parce qu’elle nous rapproche les uns des autres, alors que la force nous éloigne. J.C. Carrière Visites
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