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Un peu de philo - Croyance et morale

La croyance

 Sans condamner la morale traditionnelle fondée sur l’existence d’un être supérieur et d’une âme immortelle, il serait bon  selon moi, d’enseigner certains de ses méfaits, comme celui d'écraser les femmes sous le joug. De même la nouvelle proclamation de liberté tourne à l’anarchie. La morale doit être avant tout sociale et universelle. Les traditions ne doivent ni conduire à la ségrégation, ni à l’intégrisme.

Il n'y a pas de société sans croyance, mais la croyance engendre une réaction, celle de l'athéisme.

Son origine ?

L'homme n'admet pas ce qui n'a pas de sens. La croyance au surnaturel apparaît dès les débuts des cultes des morts. " L'homme est le seul animal qui ensevelisse ses morts et qui les vénère " dit Alain. Ce culte des morts est une réaction face à la mort, car la mort fait peur, elle est incompréhensible, comme la vie d'ailleurs.
La croyance en des forces transcendantales a conduit à la magie. Valeur religieuse de certains masques africains...
Les premières peintures rupestres seraient la représentation d'un culte. On mime la chasse pour qu'elle soit bonne.
De la magie, l'homme passe au culte de la mère nature et au culte de la femme : Vénus.
Le culte de la femme est détruit par le culte de l'homme. La femme n'est plus la perfection de Vénus, mais celle qui donne la vie.
On passe ensuite du culte de l'homme au culte du chef : totem. On vénère le chef mort. On oublie l'homme. Les dieux chez les Égyptiens deviennent des animaux. L'éléphant-dieu des Indous ( Ganesh ). Dans la mythologie les apparences sont mi-humaines mi-animales et de là vont naître les héros.
Les notions de bien et de mal apparaissent dès la Grèce Antique. Mais elles vont évoluer vers une séparation entre corps, (matière) et esprit, (âme). La matière et le corps symbolisant le plus souvent le mal.
L'âme a donné naissance à la foi. Dieu n'est plus représenté, l'anthropomorphisme meurt.
Toutes ces croyances se sont plus ou moins synthétisées. Le concept de destin a fait son chemin. Ce qui a lieu, est devenu ce qui doit être.


Les critiques de la croyance :

Marx a critiqué le rôle politique joué par la religion. Religion devenue l'opium du peuple.
Pour Nietzsche : " la religion est l'anémie de la volonté", une invention des faibles. Pour lui, il faut tuer Dieu
Pour Freud : " Dieu est une invention de l'homme."
Pour Sartre : " La croyance impose à l'homme des valeurs morales qui entravent sa liberté. "
Pour Bergson : " C'est une réaction défensive de l'individu contre ce qu'il peut y avoir de déprimant. "
pour Voltaire : " Dieu a fait l'homme à son image, il le lui a bien rendu. "
Rostand : " Croire tout, est une pauvreté d'esprit, douter de tout aussi. "

Pourtant, pour certains et surtout pour
Voltaire qui l'avoue : " l'univers m'embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n'ait point d'horloger... "

Dans la science les convictions ne doivent pas intervenir. Mais dans la vie, nous sommes déterminés par notre culture et notre civilisation. Nous croyons et donc nous pensons à travers elles. Alors que penser vraiment, devrait être : donner un sens à ses paroles, mais le sens d'un esprit libre qui aurait fait table rase de la croyance et qui ne réagirait qu'à l'accumulation des expériences.

La visite du pape! Certains semblent vivre dans l'adoration béate du pape !!!


La conscience morale

Comme notre corps est pour nous une contrainte physique, notre esprit est une contrainte morale; face à l'action nous obéissons, en principe, à des règles.
Il ne faut pas confondre notre manière d'être spontanée et celle que notre morale nous dicte. La conscience sert en quelque sorte de lien, elle est témoin et juge de notre manière d'être. "
Elle nous propose une image de ce que nous devrions être. " On ne se connaît point si on ne se condamne " dit Alain. La conscience morale serait donc une connaissance du devoir. Inconscient serait celui qui ne se rend pas compte de la portée de ses actes.
On parle de bonne et de mauvaise conscience. L'une conduit à la paix, à la joie, l'autre aux remords et à la tristesse.. Les actes de la conscience sont à la limite entre les jugements et les sentiments. Pour Rousseau d'ailleurs ce sont " des sentiments... "
La conscience est aussi liée à la volonté dans la mesure où être consciencieux, c'est s'efforcer de bien faire ou même de faire. C'est le cas de la conscience professionnelle. Pour Kant elle est " bonne volonté ".

Comment s'y retrouver dans tous ces points de vue ? Selon Rousseau encore : " il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu " . C'est pour lui comme un instinct divin; un juge infaillible du bien et du mal. Il suffit alors de savoir le reconnaître et de le suivre. La conscience serait la voix de l'âme, les passions celle du corps.

Mais comme l'ont souligné Pascal et Montaigne : " Plaisante justice qu'une rivière borne ! " ( Pascal ). " Les lois naissent des coutumes " dit Montaigne. " Quand notre conscience parle dit Durkheim, c'est la société qui parle en nous. De même pour les empiristes, la conscience morale n'est qu'un ensemble de préjugés, pour Montaigne qu'une conséquence des coutumes. Dans ce cas la morale se confond avec les moeurs.

Pourtant n'y a-t-il dans ce domaine rien d'universel ? Comme une sorte d'accord commun de tous les esprits dits " libres ". Finalement la conscience morale serait à éduquer. Il faudrait pour cela cultiver la lucidité de chacun, faire " entendre raison " en quelque sorte et avoir affaire à des personnes raisonnables et assez courageuses pour écouter " la raison ".


Regret, remords et repentir

Ils symbolisent la mauvaise conscience. Ils rappellent l'idée du non retour. Le remord est signe de péché, le regret est plus psychologique et le repentir religieux. Le radical commun est " re " mis pour " retro " et exprime le rétrospection. Mais ce qui est fait est fait !! On ne peut plus rien faire. Les trois mots s'appuient sur l'irrémédiable.
Tous trois sont des sentiments du passé fondés sur la mémoire. Ce sont parfois trois aspects successifs de la conscience tourmentée. Ce sont parfois des sentiments foncièrement distincts. Il y a de la marge entre chacun. Le regret est accidentel, involontaire. Il ne rend pas malade, il est réparable. On peut regretter un plaisir passé. Notre imagination crée parfois une image illusoire de ce passé vécu, elle l'embellit dans un moment de tristesse. Elle souhaite prolonger le moment...
" Quand reverrai-je hélas de mon petit village
Fumer la cheminée "... Du Bellay
Il y a des fautes légères, des bévues, des sottises qui entraînent de la rancoeur, de l'amertume, du ressentiment, du regret...Le regret est superficiel. C'est gênant, ce n'est pas douloureux, du moins pour la plupart des gens. tout dépend aussi des personnes.

Quelle différence profonde existe-t-il entre ce regret du bon vieux temps et le regret exprimé par le délinquant au tribunal ? Dans le second cas, on devrait plutôt exprimer du " remords ". Le regret est un simple vide. Le temps qui s'écoule en est la cause. Le spleen romantique est rempli de ces regrets sans cause...
Dans le second cas, on devrait regretter un acte, exprimer du remords donc. La faute revient au délinquant, il est lui-même l'instrument de sa punition et par conséquent de son chagrin. Entre le remords et le délinquant, s'il est sincère il y a une faute personnelle. Cette faute peut empêcher le sincère de dormir, voire de vivre tranquille...Il souhaite qu'elle n'ait jamais existé. Il souhaite l'anéantir. Là aussi il y a des délinquants insensibles...

Qu'est-ce donc exactement que le remords ? C'est la conscience douloureuse d'une action jugée mauvaise par nous-même. L'aveu d'une faute qui tâche notre vie, avec l'idée d'irréparable, de dégoût. C'est la conscience, en son fort intérieur qui se donne tort, qui se juge. Le remords peut conduire au suicide par le chemin du désespoir. Malheureusement il touche plus les fragiles que les vrais coupables. Il touche plus aussi les croyants, les exaltés. Le remords est plus important que le regret du point de vue moral. C'est la mauvaise conscience, il engendre l'autocritique.

Le repentir ? Il dépasse le
remords comme le regret, il conduit à se dépasser pour ne pas sombrer dans la déprime. Il fait en sorte que la personne se transcende pour se purifier en quelque sorte, repartir sur de nouvelles bases.

Nul ne refera jamais ce qui a été fait. Pour oublier le regret il faut se créer un nouvel horizon. Le coupable qui accepte le repentir voile sa faute, mais ne l'efface pas, même si la religion lui ouvre la porte du rachat, de la réparation. Le remords est parfois sincère. Le sage accepte ses limites et garde au fond de lui la honte de l'acte qu'il évitera de commettre à nouveau.



Rôle de l'orgueil dans la vie morale

L'orgueil fait partie de ces termes que l'on peut prendre à double sens. Il est le meilleur ( quand Il se confond avec la fierté ) et le pire des aiguillons. Il incarne l'ambiguïté essentielle de la nature humaine. Il faut savoir canaliser cette force pour la rendre efficace et dynamique.
Le prétentieux simule son rôle social, l'orgueilleux est plus franc. Le prétentieux est dans la société, il se mêle aux autres mais se met en avant; l'orgueilleux est solitaire.

" Que chacun en toute humilité regarde les autres comme au-dessus de lui " évangile selon st Paul = devise contraire à celle de l'orgueilleux.
Pourtant si l'humble a peur d'agir, l'orgueilleux n'hésite pas. Il cherche à se perfectionner, à se dépasser. C'est le côté positif, la recherche active d'un mieux.
Le côté négatif ? : le manque de conscience morale parfois, le manque d'humilité toujours. Horace était héros et bourreau, vainqueur et assassin !!

Il faut donc un peu d'orgueil, de la fierté disons, avec un esprit qui serve de bon jugement.



Charité et justice


L'idéal rationnel de toute philosophie devrait être la paix; or Jeanne d'Arc a pris les armes et certaines religions tuent au nom de Dieu, sous le prétexte de faire la guerre " aux méchants ". Est-ce juste ?
La justice s'est souvent armée aussi contre ceux qui violentaient les lois...
L'idée d'une justice souple, sympathisante, morale serait-elle équitable ?
Saint Paul écrivait : " La charité excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. L'idée de ne jamais payer pour ses fautes pourtant, n'encouragerait-elle pas le mal ?
La paix ne peut donc jamais se constituer sur les sentiments d'amour, d'amitié...
Mais l'équité peut-elle se faire au moyen de la charité ? Lorsque Créon interdisait à Antigone de recouvrir de terre le corps de son frère maudit par la loi, c'est par charité qu'Antigone désobéit, parce que sa morale l'exigeait.
Si l'on définit la charité comme l'acte par lequel on accorde l'aumône, comme la bienfaisance ou comme un simple don matériel, superficiel, ce n'est pas de l'équité. Si l'on donne à la charité un sens quasi religieux d'amour du genre humain, c'est différent. Cela conduit à l'entraide permanente. Si la justice est trop arbitraire, trop cassante, la charité serait compréhensive, affectueuse.
La justice rigide et close commet autant d'erreurs que la charité ouverte
sympathisante.



L'homme peut-il reconnaître en lui " quelque chose de divin " comme dit Aristote ?

Quand l'homme veut penser à lui-même, il éprouve toujours un sentiment d'étrangeté. Il a du mal à se convertir en objet d'étude. Cette résistance de l'homme à se laisser observer et connaître, l'avertit qu'il n'est pas identique aux objets extérieurs.
Durkheim divinisa la société. Aristote, lui, dit qu'un homme avait en lui quelque chose de divin.
Qu'est-ce que le divin ? D'après Durkheim, il est aisé de résoudre ce problème : l'homme est formé par deux structures: l'une inférieure est biologique; l'autre supérieure, est sociale. La société transcende donc l'individu, et ce qu'il y a de meilleur en l'homme lui vient d'elle. Le divin pour lui n'est pas la qualité spécifique d'un Etre parfait et éternel. Ce n'est que l'aspect
sous lequel se présente à l'homme, la société. Pour lui, si l'homme reconnaît en lui quelque chose de divin, c'est donc qu'il prend conscience de sa participation à une société.
Cette conception du divin et de l'humain ne correspond pas à l'expérience de l'homme qui se retrouve seul avec lui-même et qui ne veut se penser qu'en tant qu'homme.
Pour Kierkegaard, c'est au fond de l'individu que se trouve le divin ou l'absolu vers lequel certains souhaitent tendre.
Essayons d'explorer l'individu ...car le divin et l'humain ne se réduisent pas au social.. ou essayons de nous demander s'il ne faut pas partir d'un autre point de vue. Celui de l'existence d'un être supérieur : Dieu.
L'exigence d'infini, Descartes en a fait une expérience dans son " cogito ". Il s'est rendu compte que sa volonté n'avait pas de limites, il en a conclu qu'il pouvait douter de tout, mais pas de lui-même. Il avait en lui un infini et cette idée d'infini l'a conduit à l'appeler Dieu. Un Dieu parfait conscience de l'infini. Descartes se basait sur le raisonnement pur.
Seulement nous ne sommes pas que raison et si, comme dit Bergson, " nous portons en nous de quoi nous dépasser nous-mêmes, " nous sommes aussi des êtres d'action, des êtres de responsabilité. La pensée requiert une transcendance. L'action? Avant de spéculer à l'infini, nous sommes jetés dans l'action. Il y a des actions pour la recherche du bien...Alors la faute devient dans le raisonnement, biologique ! L'échec ? L'échec invite l'homme à le surmonter. Et la liberté ? Nous en puisons l'idée dans notre volonté intérieure qui tend vers l'infini. Donc nous sommes aussi obligés de penser qu' autrui est aussi doté du pouvoir d'agir librement. Nous sommes capables de remords. Le remords contrairement à ce que dit Descartes, loin de nous conduire vers l'infini, montre l'homme bloqué dans un passé qui l'écrase. Tout cela nous ramène à l'humain et non au divin.
Nous avons conscience de la faute et cette conscience est un premier pas vers la perfection. Le repentir nous fait assister à des conversions. L'homme se détourne du passé pour s'ouvrir vers l'espoir. C'est une forme de liberté qui peut aussi être infinie. On rejoint la thèse cartésienne, l'idée d'infini, l'intuition d'infini, l'invitation au dépassement de soi que certains disent d'origine divine. Alors ils aspirent à l'éternité, à l'immortalité par amour de l'infini. L'homme ne peut penser au divin sans penser à la mort.
Personne ne peut avoir l'expérience de l'immortalité car nous n'avons jamais que l'expérience de la mort d'autrui. La peur nait de l'appropriation de cette mort, qui nait elle-même de la constatation que nous sommes semblables à autrui..
Mais il n'en demeure pas moins que nous aspirons à supprimer cet obstacle qui entrave notre liberté. Notre existence dans le temps se présente à nous comme une impossibilité de devenir parfait. Les anciens opposaient à cette existence imparfaite, l''existence éternelle du ciel cette sorte de patrie vers laquelle ils aspiraient à retourner. Platon, Bergson nous proposent l'éternité comme un retour vers notre domaine originel et comme un moyen de développer notre conscience qu'ils ne peuvent imaginer figée dans le temps. Selon leurs points de vue, ce qu'il y a de divin en nous ne serait qu'une aspiration de notre besoin de liberté. La mort est absurde pour un être qui aspire à la liberté. La liberté est donc le pouvoir de préférer l'infini au fini, l'éternel au temporel. L'expérience de la liberté, l'aspiration vers la liberté, l'immortalité, privent donc la mort de toute signification.
Par l'ambiguïté de sa nature, l'homme oscille sans cesse entre le fini et l'infini, entre l'imparfait et le parfait. Le divin ne serait qu' exigence ou aspiration ?
Mais n'est-ce que cela ? disent certains...
Dans l'expérience humaine, le mal ne fait que mettre en évidence la découverte de la notion de bien et c'est de cette notion que naitrait notre besoin d'infini. Si Dieu existe nous ne pouvons l'isoler du bien. Or le mal existe aussi...L'homme c'est certain, a conscience de quelque chose qui nait de ce conflit entre le mal et le bien, entre l'humain et le divin.


Le croyant a besoin de quelque chose de transcendant pour s'en sortir.


Date de création : 17/04/2008 - 21:15
Dernière modification : 29/11/2009 - 20:53
Catégorie : Un peu de philo
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