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Mon métier - Professeur

Professeur


J'ai été professeur au Maroc tout d'abord, au lycée Paul Valéry de Meknès pour un remplacement, puis à l'école nationale des institutrices de Meknès; en France, j'ai été professeur de collège en haute Corrèze, puis professeur de collège en ZEP. Enfin, professeur au CNED.

Dans ma vie, j'ai enseigné : l'histoire/géographie, pour le remplacement au lycée Paul Valéry; le français, le français langue étrangère, la pédagogie et j'ai inspecté mes élèves au primaire, lorsque j'ai enseigné à l'école des institutrices de Meknès. Ce qui correspondrait à notre " école normale " ou notre " IUFM " plus récemment. J'y ai même fait du théâtre, ce qui était possible grâce aux 9h par classe dont je disposais. J'avais adapté une pièce de Marivaux dont le thème rappelait la vie de certaines de mes élèves auxquelles on imposait encore leur futur mari.
En collège, j'ai enseigné l'anglais et le français, puis plus tard, uniquement le français qui était ma spécialité.
Au CNED de Grenoble, j'ai aussi eu des collégiens malades, des prisonniers et je me suis spécialisée pour les promotions internes de la SNCF ( épreuve de français ).

En anglais je suis meilleure à l'écrit, ,je n'ai pas une bonne oreille des rythmes et des accents toniques de la langue; mais j'étais bonne en version surtout. Pour mon CAPES, (devenir enseignante...) j'ai eu à étudier en plus de la langue française, l'ancien français, l'anglais, le latin et l'espagnol. J'ai presque tout oublié, sauf l'anglais car j'ai dû l'enseigner dans les petites classes... et moi qui aime bien être à l'aise ace aux élèves, ,j'ai été très malheureuse, sans raison valable d'ailleurs, quand on me demandait de faire un cours d'anglais. J'étais mal à l'aise ce n'était pas ma spécialité et j'avais besoin de perfection pour m'épanouir vraiment. Mais je devais me débrouiller assez bien aux yeux des autres, car jamais les parents ne se sont plaints et c'est en enseignant l'anglais que j'ai le plus appris la langue. J'en avais bien fait jusqu'en licence, de l'anglais. Je comprends pratiquement tout, quand ce n'est pas trop technique ou trop littéraire, mais l'anglais parlé vite par de véritables anglais me demande chaque fois un temps d'adaptation !!!

On a parlé en 2008 de donner deux disciplines à enseigner aux profs. C'est un piège pour la carrière de chacun. J'ai personnellement, dans l'ensemble réussi ma carrière et j'ai obtenu la " hors classe " ce qui est tout de même un avantage, mais j'ai eu des difficultés à cause justement de ces deux disciplines qui m'ont à une époque été imposées. Les notes ne peuvent pas être aussi bonnes que dans sa discipline.

Quelques anecdotes

J'ai commencé par être PEGC, après avoir passé mon CAP; et avec une licence de lettres, je n'appréciais pas d'avoir à enseigner deux disciplines. ...et même, je trouvais que cela me bloquait dans mon évolution de carrière. Mes notes n'étaient au début pas assez brillantes pour me permettre d'évoluer au " grand choix " dans cette seconde discipline. Heureusement j'ai pu devenir certifiée, n'enseigner plus que le français, évoluer au grand choix très vite et obtenir plus d'annuités, avant même l'âge de la retraite.

- Ton anglais est plus que correct, tu n'as à envier personne et si seulement 10% des français le pratiquaient comme toi !!! Nos échanges commerciaux y gagneraient.

- Oui, mais je me sentais tout de même mal à l'aise... C'était plus fort que moi...non dans la technique, car j'avais enseigné le français langue étrangère au Maroc, mais pour la fluidité de la langue, les intonations...

Je me souviens que l'année de mon CAPES ( de lettres ), mon principal aurait dû me donner une classe de français pour mon stage, il ne m'avait donné que des classes d'anglais !!! Pire, il avait fait venir un autre professeur de français, à la rentrée suivante. Je n'étais donc pas si mauvaise en anglais selon lui !!!
Furieuse, je lui avais dit que si l'inspecteur d'anglais venait, je ne le recevrais pas...Il avait pensé que c'était une parole en l'air, croyait que face à l'inspectrice, j'allais m'écraser. Et bien, non, je lui ai dit poliment, mais fermement, à cette inspectrice, qu'elle-même m'avait jugée " pas vraiment à ma place " 8 ans auparavant, et que je m'y trouvais toujours... En colère, elle m'avait menacée d'un zéro pointé !!! A la sortie de mon cours, j'ai téléphoné à l'inspectrice de lettres pour lui dire que je venais de refuser une inspection d'anglais ( j'ai préféré m'expliquer la première !!! ), que je venais d'apprendre que j'étais certifiée de lettres, et qu'on ne m'avait même pas donné de classes en français, pour ma période de stage !!!
Le principal a dû m'arranger des classes, chez un collègue. L'inspectrice de français est venue me voir et, loin de m'en vouloir, elle m'a mis une excellente note. J'ai terminé mon année dans les classes d'anglais, pour la dernière fois, le professeur qui avait été nommé à ma place en français, a dû repartir l'année suivante. Ma seule punition ? on m'a demandé de recevoir l'inspectrice d'anglais avant la fin de l'année mais sans notation prévue, juste pour son amour propre disons, et elle m'a fait aussi un très bon rapport, non noté. Ma classe de 6ième était formidable cette année-là, et avec une classe de 6ième, l'inspectrice n'a pas pu me dire que mes élèves devaient leur niveau au professeur de l'année précédente... C'était l'époque où ils débutaient l'anglais en 6ième...

C'était la veille des vacances d'été. Mes collègues laissaient souvent quartier libre aux élèves, ce jour-là. Personnellement, je n'ai jamais aimé faire cela. J'ai toujours fait travailler jusqu'au dernier jour. Mais les élèves étaient tout de même très excités à la perspective des mois de détente qu'ils allaient passer. Ils m'écoutaient difficilement, d'autant plus difficilement que dans les autres classes, il n'y avait que jeux ou chahut...Je pensais moi aussi, au plaisir du lendemain, au voyage prévu, tout en écoutant les réponses des quelques élèves encore attentifs, et le bruit des classes voisines...Je regardais pour la dernière journée, comme mes élèves, la laideur du local dans lequel nous travaillions - tout paraît laid à la veille des vacances - Lorsque soudain j'entendis un bruit lancinant, le bruit d'une élève de collège qui urinait en classe, dans un silence soudain total. Je me demande encore pourquoi j'ai dit brusquement : " Que personne ne bouge ! " Je crois que je voulais protéger l'élève en question des ricanements.


Le cadeau que j'ai reçu des élèves lorsque j'ai été professeur principal, et qui m'a gênée... Car un prof ne devrait pas recevoir de cadeaux, mais je l'ai accepté car eux semblaient déçus de ma réaction...

Comment bien enseigner en ZEP ? Difficile !!! Le principal problème est d'apporter un enseignement qui leur semble utile, d'attirer le respect et de savoir avoir prise sur les jeunes sans les traumatiser.
J'avais imaginé une solution qui m'avait garanti tout cela. J'étais très stricte dans les devoirs écrits, j'enseignais en fonction du BEPC sans me détourner de cet unique but et toute ma souplesse, je la mettais dans une note d'oral. Au départ, elle était mauvaise car ils n'apprenaient pas leurs leçons. Je la modulais. Comment ? C'est simple : une interrogation et une note sont dues à de nombreux aléas : aléa de la question, du jour, de la difficulté etc... Mais si la note est modifiable à tout moment, à ce moment-là vous attirez l'attention des élèves. Ils peuvent améliorer leur note ou la rendre plus faible. Je tenais compte de la participation à chaque cours. Chaque bonne réponse était positive, chaque mauvaise réponse, neutre, ( pour ne pas pénaliser les timides, les erreurs... ) chaque insolence, réponse sans doigt levé ... négative. Très vite les élèves se pliaient au jeu, presque tous. Il y a toujours des irréductibles !!!

Un jour je suis retournée au collège. Peut-être poussée par une dernière nostalgie. Tous les élèves se sont rassemblés autour de moi dans la cour, Au fond de moi, cela m’a fait plaisir et j'ai eu l'impression qu'ils m'avaient appréciée en tant que professeur. J’aimerais que ce soit vrai. Les uns m'ont dit: "Madame, je me suis assagi", les autres:" nous vous regrettons", enfin l'un d'eux m’a crié: "Votre travail est-il toujours aussi difficile?"

Beaucoup de collègues que j'appréciais au collège vont partir à la retraite. Aujourd'hui l’un d’eux disait: " Dans un an je suis à la retraite, si je ressemble à mon père, je n'ai plus que 2 ans à vivre ". Je l’aimais bien, mais je déteste ce pessimisme triste et stérile.


Date de création : 08/03/2008 - 15:10
Dernière modification : 15/11/2008 - 08:34
Catégorie : Mon métier
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Réaction n°1 

par PLV le 05/08/2008 - 12:44

Eh bien voilà une belle et intéressante présentation professionnelle.

Merci Mireille de nous partager tout votre vécu.

Je vais donner le lien de cette page à l'une de mes amies professeur à Uzès.

A bientôt.

PLV



 Phrase du mois

Ne pense pas aux choses que tu n’as pas… Fais plutôt le compte des biens les plus précieux que tu possèdes, et songe à quel point tu les rechercherais, si tu ne les avais pas. Marc-Aurèle
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